Articles

2nde édition du European Outdoor Forum du 11 au 12 octobre 2011 à Annecy – 2nde journée

La seconde édition du European Outdoor Forum a lieu du 11 au 12 octobre 2011, à l’Impérial Palace à Annecy. Cet évènement rassemble plus de 200 participants venus du monde entier pour échanger sur l’état du marché des marques et des activités outdoor, découvrir les dernières tendances de consommation et saisir les nouveaux challenges auxquels ils seront confrontés dans les mois et années à venir. Résumé à chaud de la 2nde journée.

Avant de vous relater le déroulement de cette dernière journée de conférences, nous vous avions promis hier de relayer les évènements du dîner-croisière sur le lac d’Annecy. Comme souvent lors de ce type de rassemblement festif, cela a donné lieu à des retrouvailles et de belles rencontres, des tranches de rires mémorables et surtout une présentation particulièrement « inspiring » de Heiner Oberrauch (Président de Oberalp-Salewa Group) dans la même veine que Paul Petzl l’année dernière.

Pour faire suite à la présentation de l’état de l’industrie de l’outdoor en Chine hier, Mark Held (Secrétaire général du European Outdoor Group) a exposé les chiffres et tendances pour le marché européen. Sa conclusion est sans appel : « L’industrie outdoor européenne surnage au lieu d’avancer, voire de courir devant le reste du monde ». Et malheureusement, l’année 2012 risque d’être perturbée et difficile si l’on en croît ses prévisions.

Eugenio Di Maria (Fondateur et Président d’EDM Publications) a ensuite introduit une table ronde consacrée au futur du retail. Celle-ci a rassemblé Zhang Heng (Fondateur et Président de Sanfo – Une chaîne de magasins distribuant du matériel de sport en Chine), Frederic Hufkens (Président de A.S. Advendure Group – Europe), Thomas Lipke (Directeur du Management de Globetrotter – Allemagne) et Jeff Crook (Vice-President of Merchandise de Mountain Equipment Co-op – Canada). Chacun a présenté son entreprise, puis le débat a été lancé autour de plusieurs questions relatives notamment au niveau des prix des produits, au choix des marques distribuées dans les magasins (en particulier en Chine), aux défis liés aux ouvertures de nouveaux points de vente, à l’e-commerce, etc.

Après une délicieuse pause déjeuner au Moon, Alex Striler (Consultant en Management et auteur de l’ouvrage « X Play Nation ») a détaillé, dans une présentation esthétique et bien huilée, les 6 clés de compréhension du marché des jeunes (surtout les moins de 18 ans) :

  1. Connaître le vocabulaire et les codes utilisés par les plus jeunes ;
  2. Créer une communication ludique, divertissante, amusante ;
  3. S’appuyer sur des partenaires (en faisant, par exemple, du co-branding ou en s’appuyant sur des évènements connexes) ;
  4. « Fuel the fire ! » (concept qu’on laissera en anglais dans le texte, parce qu’une fois traduit en français il perd tout son sens… sorry guys ! 😉 )
  5. Faire la promotion d’idoles / icônes (athlètes, artistes, etc.) ;
  6. Engager la conversation avec ses clients et prospects (notamment grâce aux média sociaux), sans attendre que ce soit eux qui fassent la démarche.

Au passage, il a souligné que « les tendances ne sont pas aussi importantes que les changements à l’intérieur des tendances elles-mêmes ». Ce point important, malheureusement trop souvent oublié par les professionnels du marketing et de la communication, plaide une fois de plus en faveur de cette tendance de plus en plus forte – et que nous avons déjà souligné à plusieurs reprises dans ce blog – qu’est l’hyper segmentation.

A notre très grande surprise, Alex Striler recommande aux marques, qui souhaiteraient s’attaquer à des cibles plus jeunes mais dont le positionnement commencerait à dater, non pas de capitaliser sur leur marque en tant qu’actif précieux et d’effectuer un travail de fond sur leur repositionnement, mais plutôt de créer de toute pièce une nouvelle marque pour l’apposer sur les mêmes produits. Suivant le même principe, il invite les équipementiers à créer artificiellement une histoire autour de leur marque pour toucher leur(s) cible(s). Là encore, nous sommes étonnés pour ne pas dire plus que sceptiques quand on connaît l’engouement pour « la quête et le retour à plus d’authenticité dans nos modes de consommation et de communication». En tout état de cause, c’est ce que révèlent les résultats de l’ensemble des études portant sur les comportements des consommateurs dans le monde à l’heure actuelle. L’avenir nous dira qui de l’authenticité ou de la superficialité triomphera, même si, vous l’aurez compris, nous ne pouvons que vous recommander de jouer la carte de l’honnêteté.

Puis Anne Laurent (General Intellectual Property Counsel Europe pour Amer Sports) a expliqué comment les marques pouvaient repérer les contrefacteurs et les distributeurs de produits factices sur le web pour les dénoncer et tenter de lutter contre ce fléau.

Enfin, Frank Hugelmeyer (Président de l’Outdoor Industry Association) a présenté de façon très ludique et participative l’état, les grandes tendances, les menaces et les opportunités du marché nord-américain de l’outdoor.

Nous retiendrons de cette seconde édition du European Outdoor Forum :

+++ Le networking et l’atmosphère conviviale
++    La pertinence du contenu, la variété et la qualité des présentations
+       L’organisation

On aimerait pour l’année prochaine :

+       de tables rondes
++    d’interactivité (accès à Internet dans la salle de conférence, mur avec commentaires live sur Twitter, etc.)
+++ de présentations sur la prospective et les tendances comportementales des consommateurs du secteur de l’outdoor dans le futur

A l’année prochaine pour ce rendez-vous qui, nous l’espérons, deviendra incontournable !

Crédits photos : J-M Favre

[Invitation] Rencontre avec Guy Kawasaki

Après Philippe Bloch, Yvon Chouinard, François Lemarchand et Paul Petzl, nous aurons le plaisir de rencontrer l’un dès plus célèbre et influent entrepreneur au monde: Guy Kawasaki. C’est à l’occasion de la parution de son nouveau livre « L’Art de l’enchantement » (éditions Diateino, 24€) et du « Prix Innover Entreprendre » qui se déroulera le Jeudi 7 avril de 15h30 à 20h, à ESCP Europe (79 avenue de la République, Paris 11ème) que celui-ci fera une conférence exceptionnelle en France, suivie d’une séance de dédicaces.

Ancien évangéliste du Macintosh, Guy Kawasaki a quitté Apple pour créer plusieurs start-up en vue de « rapprocher l’avenir ». Les plus célèbres : Garage Technology Venture, société de capital-risque pour jeunes entreprises et Alltop qui répertorie les meilleurs blogs et sites internet. Il inspire et guide des milliers d’entrepreneurs dans le monde.

L’évènement est gratuit et ouvert à tous sans inscription préalable. Nous espérons vous y retrouver nombreux !

European Outdoor Forum 2010 – 1ère journée

Comme annoncé il y a quelques semaines, Le European Outdoor Forum (EOF) se déroule en ce moment même à Annecy du 11 au 13 octobre. SWiTCH y participe et vous propose ici un résumé de l’évènement.

Les festivités ont donc été lancées hier soir à bord du MS Libellule lors du diner d’ouverture sur le lac d’Annecy, sponsorisé par ISPO. Pas de long discours, ni de grandes déclarations politiques, mais un moment sympathique et surtout très convivial pour rencontrer les « speakers », retrouver quelques « piliers » de l’industrie Outdoor et faire de nouvelles rencontres. Le point d’orgue fut l’intervention de Paul Petzl sur les temps forts de sa carrière d’entrepreneur dans le business de l’outdoor, les core values et les 3 piliers de la réussite de son entreprise éponyme. Nous l’avions déjà rencontré l’année dernière, mais son discours cette fois beaucoup plus personnel nous a d’autant plus touchés que c’est un exercice dans lequel il n’est pas forcément très à l’aise. Les quelques conseils qu’il nous a ensuite transmis personnellement sont autant d’encouragements à faire toujours mieux et à donner davantage à notre communauté.

Ce matin, la séance a été ouverte par un discours d’accueil de Jean-Luc Rigaut (Maire d’Annecy) avec un accent franglais tout à fait charmant devant pas moins de 220 participants et représentants de 18 entreprises et organisations différentes venant de France, Italie, Allemagne, Espagne, Scandinavie, Grande-Bretagne, Suisse, Canada, USA. David Udberg (de EOG) a ensuite pris le relais en lançant un appel fort : le marché de l’outdoor augmente tous les ans depuis plusieurs années, mais il y a un très grand manque de données marketing. La filière doit donc s’organiser pour collecter ces données et dégager des tendances utiles à tous. Jean-Luc Diard a poursuivi en nous insuflant l’esprit de cet événement : « Learn, Share, Network, Sustain ». On pourrait presque dire que cet événement se veut comme le TED de l’outdoor !

Elizabeth Laville (fondatrice et directrice d’UTOPIES) a commencé la série de conférences de la matinée avec une présentation sur le thème de « la responsabilité sociale des entreprises 2.0 : la prochaine étape ». On en retient notamment que :
– L’appel à l’action et à la mobilisation pour la préservation de l’environnement vient désormais de toutes les directions et d’une manière qui n’a connu aucun précédent ;
– Les écologiques et les capitalistes se rejoignent (au moins en matière de communication !) ;
– Le « durable » est vecteur de nouveaux challenges ;
– La « menace verte » est désormais aussi devenue une « opportunité verte », qui crée déjà des emplois et permet de gérer les ressources naturelles d’une autre manière (en particulier les ressources en eau) ;
– Le changement est dans l’air du temps : on le retrouve partout dans les médias, dans les messages publicitaires et peu à peu dans les moeurs. Mais aussi dans les petites entreprises (comme SWiTCH ou nos amis d’Azimut Innovation) comme dans les grandes (Ben & Jerry’s, Petzl, The Body Shop, Patagonia, Nature & Découvertes, Toyota, etc.) ;
– Le CSR est proactivement intégré dans les innovations de produits et dans les business models des entreprises, avec des répercutions dans les stratégies marketing et dans les messages publicitaires ;
– Les représentations du Pouvoir ne passe plus par ce qui est grand, cher et bling-bling, mais par ce qui a une faible empreinte environnementale et une bonne efficience énergétique ;
– « Dire la vérité est un acte révolutionnaire » (George Orwell) ;
– Le développement durable est désormais une question d’argent, pas uniquement d’image et de perception d’une marque ou d’une entreprise ;
– La durabilité n’est plus une option et qu’il y a de nouvelles règles à respecter : elle doit être proactivement intégrée, proactivement innovante et proactivement enseignée (aux salariés, aux fournisseurs, aux clients, etc.).

Michel Desbordes (Directeur de publication du Journal International du Sport Marketing et du Sponsoring, professeur de marketing sportif, Université Paris Sud XI) a enchaîné sur une présentation relative au « marketing sportif, quoi de neuf à l’horizon ? » En substance, si vous suivez régulièrement ce blog, rien de neuf à l’horizon que vous auriez pu apprendre de cette intervention. Pour nos lecteurs les moins fidèles, voici néanmoins les 6 tendances du néo-marketing relevées par M. Desbordes :

– Le marketing expérientiel
– Le CRM
– Le one-to-one Marketing
– Le Yield Management
– Le Géomarketing
– L’Ambush Marketing

Après une pause déjeuner dans l’un des restaurant de l’Impérial Palace, nous avons poursuivi par une présentation de Pierre Jarniat (Directeur du développement PeaK à Thésame) sur « l’innovation collaborative : une nouvelle façon de penser ». Nous sommes ici bien obligés de reconnaître que nous ne pourrons vous faire un résumé de cette intervention pour cause de sieste digestive d’urgences au bureau à traiter.

Ed Stevens (Président de Shopatron Inc) a bien réveillé l’auditoire en commençant sa présentation sur « l’avenir du commerce électronique pour les marques de la «nouvelle économie ». » en faisant un jeu assez drôle où l’on pouvait gagner 50 euros. Là encore, si vous suivez régulièrement le blog de SWiTCH vous n’auriez rien appris de nouveau…

Au programme pour demain :
– Prof. Eckehard Fozzy Moritz (directeur de SportKreativWerkstatt)
– Eugenio di Maria (fondateur et PDG de SGI-Europe)
– Cortney McDermott (directrice CSR et développement durable à The North Face (VF Corp), présidente du groupe de travail développement durable au sein de European Outdoor Group)
– Antonia McCahon (associé gérant de Fullsix)

Stay tuned !

Crédit photo Paul Petzl et Ed Stevens : J-M FavreEuropean Outdoor Forum
Crédit photo Conférence : Armelle Solelhac – SWiTCH (réalisé avec un BlackBerry, désolée pour la piètre qualité !)

European Outdoor Forum du 11 au 13 octobre 2010 à Annecy

Cet événement unique, organisé par l’association Outdoor Sports Valley – dont on vous reparlera la semaine prochaine – a été conçu pour donner aux acteurs de l’industrie européenne l’environnement idéal pour développer leur réseau et discuter des problématiques clés pour l’avenir des entreprises de l’industrie des sports Outdoor. Au programme : des conférences données à l’Impérial Palace par des experts européens renommés dans leur domaine et des repas festifs, dont un dîner (le 11 octobre) présenté par le salon ISPO  à bord du restaurant flottant MS Libellule.

Parmi les conférenciers et sujets vous pourrez retrouver :
Paul Petzl (Président de Petzl) – La vie extraordinaire et les meilleurs moments de Paul Petzl.
Elizabeth Laville (fondatrice et directrice d’UTOPIES, lauréate du prix Veuve Clicquot de la femme d’affaires de l’année) – Responsabilité sociale des entreprises 2.0, la prochaine étape.
Michel Desbordes (directeur de publication du journal International du sport marketing et du sponsoring, professeur de marketing sportif, Université Paris Sud) – marketing sportif, quoi de neuf à l’horizon?
Pierre Jarniat (directeur du développement PEAK à Thésame) – l’innovation collaborative : une nouvelle façon de penser
Ed Stevens (président de Shopatron Inc… et le premier citoyen américain à travailler pour une usine militaire russe après la guerre froide !) – L’avenir du commerce électronique pour les marques de la «nouvelle économie ».
Prof. Eckehard Fozzy Moritz (directeur de SportKreativWerkstatt) – Un regard vers l’avenir : l’outdoor en 2025.
Eugenio di Maria (fondateur et PDG de SGI-Europe) –  les stratégies de business dans des temps difficiles…
Cortney McDermott (directrice CSR et développement durable à The North Face (VF Corp), présidente du groupe de travail développement durable au sein de European Outdoor Group) – La feuille de route du développement durable : vision de l’industrie des sports outdoor.
Antonia McCahon (associé gérant de Fullsix) – les autochtones du numérique : Dans l’esprit du nouveau consommateur.

Le Forum sera inauguré et clôturé par :

David Udberg, Président du European Outdoor Group et directeur général de Lowe Alpine au Royaume-Uni et Jean-Luc Diard, président d’OSV et vice-président du Groupe Tecnica.

Vous pouvez vous abonner aux newsletters, recevoir le programme et même vous inscrire ici.

En espérant vous y rencontrer nombreux !

Comment les entreprises peuvent préserver l’environnement tout en restant profitables ?

Armelle Solelhac et Yvon Chouinard

Tous les ans à peu près à la même époque, nous avons la chance de faire une rencontre peu ordinaire. L’année dernière, c’était Philippe Bloch. Cette année ce n’est pas un mais 3 « alter-entrepreneurs » avec lesquels nous avons pu échanger au cours d’une table ronde animée par les étudiants de l’Ecole Supérieur de Commerce de Grenoble. Pour ceux qui n’ont pas pu y assister, voici la retranscription des notes que nous avons pu prendre.

Bonne lecture !

Conférence Grenoble Ecole de Management – Institut Sport et Management

Mercredi 04 Novembre 2009

 Table ronde : « Regards croisés d’alter-entrepreneurs »

Invités :

–          Yvon Chouinard, Alpiniste, Fondateur et PDG de Patagonia
–          François Lemarchand, Fondateur de Pier Import, Fondateur et PDG de Nature & Découverte
–          Paul Petzl, PDG de Petzl

Animateurs : Jean-Philippe, Coline et Jordan, étudiants à GEM

Question : Quelles ont été vos motivations pour devenir chef d’entreprise ?

Yvon Chouinard (Y.C) : Dans les années 1960, je n’avais aucun respect pour les businessmen. Je voulais juste faire du surf et de l’escalade à Yosemite (CA). J’avais des idées pour améliorer mon matériel d’escalade. J’ai commencé à fabriquer mes propres pitons en incorporant des améliorations techniques. Ca a plu à mes amis et peu à peu je me suis mis à vendre des pitons devant le coffre de ma voiture. Tout ce que je voulais c’était d’avoir assez d’argent pour payer mes factures, partir voyager, grimper et surfer le plus possible. Je n’avais aucun désir de créer une entreprise. Pour moi, ce n’est pas une fin en soi. C’est juste arrivé comme ça !

François Lemarchand (F.L) : Dans les années 1970, tout était abondant, tout était possible ! La grande aventure à l’époque c’était de découvrir le monde. J’ai donc créée Pier Import. Je partais avec ma femme à la recherche de produits issus de l’artisanat local. Cette entreprise a eu du succès, parce qu’elle racontait une histoire aux gens, une histoire différente des autres entreprises d’ameublement de l’époque. Actuellement, cette entreprise est pratiquement morte, à cause de la globalisation et parce que son introduction en Bourse a changé les objectifs des dirigeants. Au départ, on voulait apporter quelque chose de différent aux clients. Les dirigeants actuels de Pier Import veulent juste faire des profits. Après avoir vendu l’entreprise dans les années 1990, j’ai créé Nature & Découverte qui correspondait aux valeurs de l’époque.

Paul Petzl (P.P) : Mon père était artisan et avait une passion pour la spéléologie. Il était un peu bricoleur et, comme Yvon Chouinard, il voulait améliorer son matériel de spéléo. Pour nous, la perfection est la seule valeur qui nous permette de signer nos produits avec notre nom. Finalement, Petzl a démarré comme Patagonia !

Question : Yvon Chouinard, pourriez-vous nous parler de votre M.B.A. (« Management By Absence ») ?

Y.C : Comme je l’ai dit, tout ce que je voulais, c’était de faire du surf quand il y avait de la houle, du ski quand il y avait de la poudreuse et de l’escalade quand il faisait beau. Mais ce n’est pas si simple que ça, car il n’y a pas d’horaire pour les vagues ou la poudreuse ! Je voulais donc pouvoir travailler avec mes amis et avec des horaires suffisamment flexibles pour aller surfer. Je voulais aussi que mon travail soit un terrain de jeu et vice-versa. Je voulais pouvoir partir 6 mois de l’année pour grimper, pêcher et surfer sans que l’entreprise soit en péril. Les clés pour que cela fonctionne c’est :

–        d’embaucher des gens indépendants, autonomes, avec le sens de l’initiative et suffisamment motivés, c’est-à-dire véritablement engagés dans le projet d’entreprise. S’il y a le feu dans l’entreprise, ça ne sert à rien de m’appeler ! Je ne suis pas pompier. Par contre il faut des gens capables d’avoir assez d’esprit d’initiative pour appeler les secours. Pour moi, le résultat est plus important que le temps passé à travailler. S’il faut dix ou seulement une seule heure à un salarié pour obtenir le résultat escompté, ce n’est pas mon problème ! Ce qui compte, c’est le résultat. Pour cela, il faut des salariés qui adhèrent pleinement aux valeurs de l’entreprise.

–        Ne pas avoir de bureau fixe, ni de tâche fixe. Il faut que tout le monde soit capable de faire le travail de son voisin. Comme ça, si son collègue est absent, parce qu’il est malade ou… parce qu’il fait du surf, l’entreprise continue de fonctionner !

F.L : Tout le monde s’en fout de maximiser les profits des actionnaires ! Il faut donner du sens à ce qu’on fait et à son travail. Par exemple, une fondation d’entreprise, ce n’est pas une simple œuvre caritative, c’est un bien commun à tous les salariés. Mais attention, il ne faut pas se leurrer, on ne peut pas être altruiste quand il n’y a rien à bouffer !

P.P. : La croissance et l’argent ne sont pas le but. Quand on crée une entreprise, on ne fait pas des bénéfices tout de suite, il faut du temps. La croissance peut être déstabilisante pour l’entrepreneur et les salariés, mais aussi pour les clients. Le chef d’entreprise doit donc réguler cette croissance. Le but, c’est de créer, d’inventer des choses et du lien. Il faut être passionné par le produit et par le client. Il faut avoir le plaisir d’étonner chaque fois un peu plus le client.

 

Question : Parlez-nous de l’engagement de vos entreprises dans l’environnement ?

Y.C : Avant, Patagonia reversait 10% de son bénéfice avant imposition. Depuis la création de l’association 1% Pour La Planète, nous reversons 1 % de nos ventes (NDLR : donc 1% du chiffre d’affaire) à des organisations non gouvernementales qui travaillent à la préservation de l’environnement. Ce n’est pas de la charité, c’est le coût du business !

F.L : Nous avons écrit une charte d’entreprise qui expose nos valeurs et nos actions et nous nous les réalisons ! Nous collectons aussi des fonds auprès de nos clients, en plus des 10 % de nos profits que nous reversons à notre fondation d’entreprise.

P.P. : Il faut ouvrir l’entreprise sur autre chose que le commerce. Les engagements sont une des responsabilités des entreprises. Il faut rendre à la nature et à tous ceux qui nous font vivre tous les jours un peu plus que ce nous leur prenons ! Il y a 4 ans, nous avons créé la Fondation Petzl. Depuis, nous avons réalisé 45 projets, comme la réfection d’un refuge en montagne qui datait de 1910 et qui tombait en ruine.

 

Question : Comment communiquez-vous autour de ces engagements ?

F.L : Nos clients sont issus de la société post-consommation. Ils ne croient pas en la publicité, mais adhèrent aux valeurs des entreprises. Donc, on ne communique pas spécifiquement sur nos engagements. On fait du « buzz », on diffuse doucement. Comme c’était écrit sur la devanture de la pâtisserie de mon enfance : « Bien faire et laisser dire ».

Y.C : Je veux sauver la planète. Mais au lieu de ne me concentrer sur l’idée, je me concentre sur le processus. C’est pourquoi je donne aux ONG.

P.P. : En tant qu’entrepreneur, j’ai la responsabilité de donner à mes salariés et à la nature, dont je puise l’énergie.

F.L. : Nous avons une vie schizophrénique, car nous sommes à la fois patrons et écolos. Quand je rencontre des amis patrons, ils me disent : « à vous les écolos… ». Et quand je vois mes amis écolos, ils me lancent : « mais vous les patrons… ». Etre dans cette opposition n’avance à rien. Dans un futur très proche, le discours des clients aux entreprises sera très clair : « si tu n’es pas vert, je te boycotte et je boycotte tes produits ». Il n’y a donc pas le choix, il faut s’y coller !

 

Question : Comment en période de crise économique et de délocalisation des productions, peut-on concilier l’engagement social et environnemental d’une entreprise et la profitabilité nécessaire à sa survie ?

Y.C : Dans l’histoire de Patagonia, à chaque crise économique, nous avons fait des profits records. Pourquoi ? Parce que les gens ont cessé d’acheter de la mode et des produits accessoires. Ils se sont mis à acheter des produits de bonne qualité, donc durables, et multi-usages. Par exemple, au lieu d’acheter une combinaison de ski qu’ils ne mettent que 15 jours par an et qui encombre leurs placards les 11 autres mois de l’année, ils se sont mis à acheter une veste pour faire du ski, pour faire du vélo et pour aller en ville aussi. Je ne veux pas des clients qui achètent pour acheter, mais des clients qui ont besoin des produits Patagonia. Pour moi, le véritable pouvoir n’est pas entre les mains des politiques ou des financiers, mais entre les mains des citoyens et des designers.

P.P. : La délocalisation, on va y revenir !

F.L. : Nous ne sommes pas la génération X, mais la génération schizophrène, car nous sommes plein de contradictions. On veut tout en même temps : des produits locaux et pas chers. Or, ce n’est pas possible. Les valeurs communes de la société et les comportements individuels doivent changer !

 

Question : Comment, à l’échelle des entreprises, peut-on gérer les relations avec les gouvernements et les politiques pour les impliquer davantage sur les questions environnementales ?

Y.C : Les politiques doivent être plus effrayés par les entreprises et les citoyens que par la nature. Laissez-moi vous raconter une petite histoire pour illustrer tout ça. Vous êtes dans les Pyrénées, il fait beau temps et un guide vous emmène faire une belle course, mais avec quelques passages escarpés. Si le guide est patient et compréhensif, vous passez, mais vous continuez à avoir peur de la nature. Par contre, si vous êtes à Zermatt en train de faire l’ascension du Matterhorn avec des pierres qui vous tombent sur la tête, une grosse tempête qui s’abat sur vous et que le guide vous tire violemment pour vous faire avancer plus vite, à force, vous finissez par avancer, parce que vous avez plus peur du guide que des dangers de la nature. Avec les politiques, c’est pareil. Il faut leur faire peur pour qu’ils avancent !

F.L. : Oui, les politiques répondent à la demande des citoyens.

 

Question : Comment se traduit la RSE dans vos entreprises ?

F.L. : On est très concret ! On attribue des « budgets CO2 » à chacun de nos départements. Il faut rendre les gens malins et débrouillards, car tous les ans leur « budget CO2 » diminue par rapport à l’année précédente.

P.P. : On a embaucher un Responsable du Développement Durable, qui a du pouvoir et des moyens pour piloter de nombreux projets de développement durable dans l’entreprise. Par ailleurs, nous avons repensé nos locaux. Par exemple, les salles équipées d’ordinateurs ont été équipées de récupérateurs de chaleur pour chauffer le restes des bureaux de l’entreprise.


Question : Parlez-nous de la transmission de vos entreprises ?

Y.C : Je reçois des propositions de rachat de mon entreprise toutes les semaines. Ca ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est la transmission des valeurs. Je dis souvent « n’achetez pas ce produit, à moins que vous en ayez vraiment besoin ! » […]* J’incite les gens à appliquer la « méthode des 5 questions », initiée par Toyota, pour régler un problème. Il est nécessaire de se concentrer sur les causes du problème et non les symptômes. Pour cela il est essentiel de se poser les bonnes questions en amont.

* Un morceau des explications d’Yvon Chouinard m’a échappé… Désolée ! Si l’un des participants à la conférence a l’occasion de lire ses lignes et a pu noter ce qui a été dit, merci de bien vouloir me le faire parvenir.

P.P. : Ce qui est fondamental, c’est que quand on conçoit les choses, on les conçoit pour qu’elles durent.

F.L. : Oui, pour ne pas faire les choses idiotement et si on veut avoir de bons produits, il faut se poser des questions en amont.

P.P. : Cette notion de transmission des valeurs dans les entreprises est très importante. Il faut développer une culture d’entreprise, un véritable ADN.


Conclusions par Elysabeth Laville, PDG de Utopie (agence spécialisée en stratégies de développement durable), Prix de la femme de l’année 2008, HEC 1988.

–          Ce n’est pas en étant obsédé par le profit qu’on en génère durablement.
–          Il faut savoir trouver un équilibre entre le travail, la passion, l’amitié et la famille.
–          Ce n’est pas en encadrant les gens qu’on les libère et qu’on les pousse à développer leur esprit d’initiative et leur capacité à être autonomes.
–          Une entreprise qui grandit trop vite, c’est dangereux. Il n’y a pas de start-up (au sens « jeune pousse ») dans la nature qui vivent longtemps.
–          Les fondations d’entreprise ne suffisent pas, il faut aussi des actions au quotidien dans les entreprises. Il ne s’agit pas de se dédouaner avec une simple fondation.
–          Les entreprises doivent être des laboratoires d’innovations pertinentes.
–          « On a les clients qu’on mérite ». Que faites-vous pour avoir les clients que vous voulez ?
–          « On a une montagne à gravir et nous n’avons fait que les premiers pas ».
–          Est-ce que le développement durable rapporte ? Il n’y a pas d’outils de mesure scientifique et, de toute façon, en la matière il ne faut pas nécessairement réfléchir en termes de profits financiers ! « Il n’y a pas de profits à faire sur une planète morte » (David Brower).

60 secondes pour conclure

Yvon Chouinard :
–          A l’époque, le sexe était sans danger et l’escalade était une activité périlleuse.
–          Les gouvernements n’ont pas de pouvoir, mais nous – les citoyens – avons le pouvoir !
–          La génération X est perdue, mais la génération Y représente l’espoir.
–          Nous n’avons pas toutes les réponses, mais nous posons – au moins – les questions.

François Lemarchand :
–          On se demande souvent « pourquoi ? », mais peut-être faudrait-il aussi se demander « pourquoi pas ? ».

François Leccia (Directeur du Institut Sport & Management) :
–          La satisfaction des clients est fondamentale, car sans eux les entreprises ne sont rien.
–          Sans la jeunesse, demain ne se fera pas.

Sources :
Notes prises et retranscrites par Armelle Solelhac
Photo : Michaël Rouhaud (
Le Yéti)